L'assurance-chômage, c'est quoi ?
Sa logique
En principe, le programme d'assurance-emploi est destiné à indemniser
ceux et celles d'entre nous qui perdent leur emploi, en leur versant un revenu
de remplacement. Nous parlons de « prétention » parce
qu'une partie importante des fonds de la caisse d'assurance-chômage
est carrément détournée. Nous disons aussi « en
principe destiné » parce qu'aujourd'hui un travailleur sur deux,
même s'il a cotisé, n'a pas accès aux prestations d'assurance-chômage.
Ce programme se veut une assurance : il faut payer des
primes (les cotisations), il y a un déductible (le délai de
carence), les indemnités
sont supprimées selon l'origine du « sinistre » (départ
volontaire, congédiement), etc. Dans les faits, il s'agit d'une
assurance arbitraire au service du gestionnaire et non des assurés.
Le programme de l'assurance-chômage est hautement judiciarisé.
Ainsi, le fardeau de la preuve incombe à la Commission : elle doit
démontrer qu'un travailleur « a quitté volontairement
son emploi sans justification », ou qu'il a été « congédié par
sa propre inconduite », ou qu'il a « agi avec l'intention de
frauder ». L'agent de la Commission devient donc le « policier » chargé de
recueillir la preuve.
Ainsi, toute déclaration écrite ou verbale
qu'une personne fait, par exemple au téléphone, devient
alors une « preuve » pouvant se retourner contre cette
même
personne.
Sa gestion
Le programme d'assurance-emploi est géré par
le ministère des Ressources humaines et du Développement social
(RHDS). Grosse machine bureaucratique, cette administration traite fréquemment
les prestataires avec peu d'égards. Il s'agit d'une « machine
sans tête et sans cœur » où le fonctionnaire est
malheureusement réduit à un simple rouage. Il doit appliquer
des règles et des directives imposées, qui ne cherchent qu'une
chose : culpabiliser le travailleur qui fait appel à l'assurance-chômage,
parfois le criminaliser et, trop souvent, chercher à lui interdire
son droit aux prestations. Notre expérience nous le démontre
régulièrement et cela vaut la peine d'être souligné tant
les conséquences sont dommageables.
Bien sûr, il y aurait moyen de résoudre tout ça simplement
en établissant un régime de protection sociale qui assurerait à tout
travailleur en chômage un revenu de remplacement en cas de perte d'emploi,
soit l'assurance-chômage.
Certains prétendront (nous les entendons déjà) que des
gens profiteraient d'un tel système. Nous ne croyons pas ! Personne
ne construit sa vie et ne peut assurer le bien-être des siens avec
un simple chèque de chômage qui dure peu longtemps. Les prestations
de chômage, ça sert à survivre entre deux emplois. Point.
Et il serait d'autant plus important d'adapter le régime d'assurance-emploi
au marché du travail depuis que ce dernier s'est fortement transformé au
prix de la précarisation.
L’assurance-chômage: d'hier à aujourd'hui
L'assurance-chômage est un programme de sécurité sociale
arraché par les travailleurs et travailleuses à force de
luttes, de contestations et de pressions auprès des gouvernements.
En effet, avant la mise en place d'un régime d'assurance-chômage,
l'État n'assurait aucune protection sociale aux travailleurs en
chômage. En d'autres mots, il n'y avait rien sinon la charité d'institutions
pour la plupart religieuses. C'est à la suite d'imposantes manifestations
et mobilisations du mouvement ouvrier et surtout après la « Grande
marche des chômeurs » vers Ottawa, en 1935, qu'un nouveau
gouvernement votait la loi d'assurance-chômage. Sanctionnée
le 7 août 1940, dans un contexte de mise en place de l'État
providence (le New Deal), cette loi affirmait dans son préambule
qu'elle visait à « assurer la paix, l'ordre et le bon gouvernement
du Canada ».
À
ce moment, l'assurance-chômage comportait plusieurs restrictions
et imperfections. Ainsi, seulement 42 % de la population active y était
admissible, les critères d'admissibilité étant fort étroits.
De plus, de 1950 à 1957, on exigeait des femmes mariées
la preuve qu'elles n'avaient pas quitté le marché du travail à la
suite de leur mariage. Au fil des ans et après bien des luttes,
la Loi s'est peu à peu améliorée. En 1971, sous
un gouvernement libéral, une refonte majeure instituait, pour
ainsi dire, l'universalité du programme.
Cependant, dès la fin des années 1970 on coupe dans ce
programme et à partir de la fin des années 1980, les gouvernements
qui se succèdent à Ottawa n'ont cessé d'en diminuer
systématiquement la portée. Rappelons que depuis novembre
1990, la Loi sur l'assurance-chômage a été modifiée
- lire : a fait l'objet de coupures - à quatre reprises (en novembre
1990 avec C-21; en avril 1993 avec C-113; en juin 1994 avec C-17; et
en mai 1996 avec C-12) et ce malgré les batailles livrées
contre son démantèlement à la pièce.
Le chômage n'est pas à la veille de se résorber.
Nous assistons depuis quelques années à une réorganisation
en profondeur du travail et de la production. La globalisation des marchés
entraîne, entre autres, des conséquences graves sur le monde
du travail (la précarisation de l'emploi) et sur nos programmes
sociaux, et il faut s'attendre au cours des prochaines années à d'autres
transformations. De là la nécessité d'un mouvement
ouvrier et social vigoureux capable d’y opposer une autre volonté.
Chronologie des «événements»
Loi C-21 (novembre 1990)
En plus de se retirer du financement de la caisse d'assurance-chômage,
le gouvernement de l'époque décrétait une réduction
draconienne de la période de prestations, augmentait la période
d'exclusion pour départ volontaire ou congédiement pour inconduite
(faisant passer l'exclusion d'un maximum de 6 semaines à une période
de 7 à 12 semaines avec, en prime, une réduction des prestations
pour les semaines restantes à 50 % du salaire hebdomadaire moyen).
L'alibi de cette réforme : les besoins en formation professionnelle...
C-113 (avril 1993)
En plus d'abaisser le taux de prestations de 60 % à 57 % de la
moyenne salariale des 20 dernières semaines de travail, la loi
C-113 impose aussi la perte du droit aux prestations pour les personnes
réputées avoir quitté volontairement leur emploi
sans justification ou l'avoir perdu en raison de leur propre « inconduite ».
C'est à partir de ce moment que le « départ volontaire » ou
le « congédiement » devient une arme de chantage pour
plusieurs patrons face à des travailleurs un peu trop revendicateurs.
Loi C-17 (juin 1994)
Officiellement opposés aux réformes des conservateurs,
les libéraux, aussitôt au pouvoir, poursuivent le même
travail que leurs prédécesseurs. Avec cette réforme,
la durée
des prestations est réduite et le taux de prestations passe de
57 % à 55 %.
Loi C-12 (mai 1996)
Avec ce projet de loi, les libéraux décident qu'il faut
abolir le chômage : ils décident donc de supprimer les chômeurs
! Clairement, ce gouvernement s'est attaqué à ceux qui
forment le gros des bataillons de chômeurs, autrement dit ceux
dont la position est la plus vulnérable sur le marché du
travail. C'est la logique de l'instauration de mesures comme le « dénominateur » et
la « période de base », dont l'effet direct est de
pénaliser monétairement les prestataires. En considérant
dorénavant les heures de travail pour se qualifier aux prestations
de chômage, plutôt que les semaines, il en profite pour exiger
plus de temps de travail pour se qualifier, affectant du même coup
les travailleurs les plus précaires. Les effets de cette réforme
n'ont pas tardé à se faire sentir : la couverture du régime,
alors à plus de 80 %, chute à moins de 50 % des cotisants.
Le nombre de prestataires ayant ainsi été réduit
de moitié, la caisse d'assurance-chômage libère des
milliards de dollars de surplus que le gouvernement va détourner
sans vergogne.
Les
principales mesures de cette réforme s'appliquent toujours.
C'est pourquoi nous y ferons référence tout au long du
Guide. En voici quelques points :
•
le nombre maximum de semaines payables en assurance-chômage est
diminué de 5 semaines (la période maximale passe de
50 à 45 semaines). Dans les faits, la durée moyenne d'une
période
de prestations au Canada est de 21 semaines puisqu'elle varie selon
le temps de travail accumulé et le taux de chômage de la
région
où on habite;
•
les critères d'admissibilité sont resserrés. En
d'autres mots, il faudra accumuler plus de temps de travail pour se qualifier.
Par exemple, avant le 1er juillet 1996, un prestataire considéré comme
nouvel arrivant pouvait se qualifier avec 20 semaines d'emploi de 15
heures par semaine, c'est-à-dire 300 heures. Dorénavant
il faudra à cette même personne avoir accumulé 910
heures, c'est-à-dire
3 fois plus ! Pourtant, les chantres de cette réforme prétendaient
que faire de chaque heure de travail une heure assurable représentait
une meilleure couverture alors qu'il s'agissait d'une véritable
escroquerie;
•
instauration d'une « période de base » et d'un « dénominateur » dont
la logique vise à modifier considérablement le mode de
calcul du taux de prestations, à la baisse bien entendu. Cette
mesure pénalise tout particulièrement les gens dont les
périodes d'emploi
sont discontinues : travailleurs sur appel, occasionnels, saisonniers,
contractuels...;
•
instauration de la règle d'intensité dont l'objet est aussi
de diminuer progressivement le taux de prestations de 55 % à 50
% (cette règle
a été abolie au printemps 2001);
•
durcissement considérable des sanctions liées aux déclarations
dites frauduleuses : plus fortes pénalités, autre façon
de calculer (à la hausse) ce qui est appelé « trop-perçu »,
augmentation des critères d'éligibilité sur les
deux prochaines demandes de prestations. On ne dira jamais assez l'importance
de contester systématiquement
toute décision défavorable, particulièrement celles
ayant trait à ces « violations » (c'est le terme
de la loi);
• diminution du maximum assurable et suppression de toute indexation annuelle
(réindexé seulement à partir de 2007);
•
augmentation du taux de prestations pour les familles à faible
revenu (un ou deux adultes et au moins un enfant à charge) dont
le revenu familial annuel est inférieur à 25 921$ et recevant
la « Prestation
fiscale pour enfants ». Cela représentait un des seuls
bons points !
Légers assouplissements et autres modifications
• Sanctionné le 29 juin 2000, le projet de
loi C-32 vient assouplir les critères d'admissibilité pour
les prestations spéciales, les faisant passer de 700 à 600
heures, et allonge la période de prestations parentales de 10 à 35
semaines (depuis ce temps, en 2006, les prestations maternité et parentales
sont passées sous juridiction québécoise).
•
Sanctionné le 10 mai 2001, le projet de loi C-2 élimine
la règle d'intensité et restaure le taux de prestations à 55
%, établit un seuil unique de remboursement de prestations, à partir
de 48 750 $ de revenu net, et n'oblige plus le remboursement des prestations
spéciales même une fois dépassé ce seuil.
De plus, les nouveaux parents qui réintègrent le marché du
travail pourront éventuellement se qualifier à l'assurance-chômage
comme prestataires réguliers plutôt que comme nouveaux arrivants.
Mais surtout cette loi consacre le détournement des fonds de la
caisse d'assurance-chômage et gèle de nouveau le maximum
assurable jusqu'à ce que le salaire industriel moyen (beaucoup
moins élevé) le rejoigne.
•
En 2002 et 2003, le gouvernement passe différentes modifications
aux règlements de l'assurance-chômage : imposition d'intérêts
sur les dettes dites frauduleuses, établissement d'un régime
de prestations spéciales dites de « compassion »,
etc.
La
valse des « projets pilote »
Les « projets pilote » représentent la réponse
politique du dernier gouvernement libéral à nos campagnes
de mobilisation et à la grogne
des régions.
Les « projets pilote » visent des régions
désignées
ayant un taux de chômage de 10% et plus. Au Québec, sur
les 12 régions
administratives, 6 sont visées :
•
Bas Saint-Laurent et Côte-Nord
•
Centre du Québec
•
Chicoutimi-Jonquière
•
Gaspésie-Iles-de-la-Madeleine
•
Nord-Ouest du Québec
•
Trois-Rivières
Il y a essentiellement deux vagues de ces « projets
pilote » qu'il faut retenir :
1re vague : mis en place le 6 juin 2004, pour une période
de deux (2) ans, et reconduit le 4 juin 2006 pour un autre 18 mois, ce projet
pilote (le numéro 6), fait en sorte d'augmenter la période
de prestations des régions désignées, de cinq (5) semaines.
Ce « projet
pilote » se termine en décembre 2007.
2e vague : les « projets
pilote » suivants ont une durée
de vie de trois (3) ans. Ils ont débuté soit le 30 octobre
2005, soit le 11 décembre
2005, et termineront donc en octobre ou en décembre 2008. Ils améliorent
les conditions du régime sous les aspects suivants :
-
calcul du taux de prestation sur la base des 14 meilleures
semaines de la dernière année (ce qui élimine de
facto la période
de base et le dénominateur). Ce « projet pilote » (le
numéro
7) se termine le 25 octobre 2008;
-
augmentation du pourcentage de
gains de travail qui n'affecte pas une semaine de prestations : de 25
%, le pourcentage passe à 40
%,et le plancher de 50 $ passe à 75 $. Ce « projet pilote » (le
numéro 8) se termine le 6 décembre 2008;
-
critère d'admissibilité pour les nouveaux
arrivants réduit à 840
heures au lieu de 910. Ce « projet pilote » (le numéro
9) se termine le 6 décembre 2008.
1er janvier 2006 :
les prestations
maternité et parentales passent sous la juridiction du Québec
Depuis le 1er janvier 2006, et seulement pour le Québec, l'assurance-chômage
n'est plus responsable des prestations maternité et parentales versées
aux nouveaux parents. En effet, un nouveau régime a vu le jour : le
Régime québécois d'assurance parentale. C'est ce régime
qui prend la place de l'assurance-chômage en ce domaine. Nous y consacrons
un chapitre
Les travailleurs méritent mieux !
Malgré la correction de certains irritants, rien
n'est fait pour répondre aux problèmes engendrés par
les nombreuses contre-réformes imposées entre 1990 et 1996.
Pire : de façon générale, on a consacré le verrouillage à la
baisse du régime d'assurance-chômage. Cela est inacceptable
dans la mesure où la caisse d'assurance-chômage, financée à même
nos cotisations, possède les ressources nécessaires pour répondre
aux besoins véritables de la population travailleuse. C'est pour cela
que nos revendications sont toujours d'actualité.
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