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Courrier des lecteurs La criminalisation des chômeurs saccentue
Par Eve Gauthier Le 28 mars 2002, les Libéraux annonçaient leur intention dimposer des intérêts sur les dettes encourues par des trop-payés versés par Développement des Ressources Humaines Canada (DRHC) à des prestataires. Le taux dintérêt sera fixé au taux descompte moyen de la Banque du Canada plus 3% et lintérêt sera calculé quotidiennement et composé mensuellement. Les Libéraux soutiennent que ces intérêts ne seront imposés quaux seules personnes dont les trop-payés sont le résultat dun acte frauduleux. Le paiement de trop-payés résultants dune erreur du prestataire ou dune erreur de la Commission ne serait pas additionné du paiement dintérêts. Fidèles à leurs habitudes, les Libéraux présentent leur projet comme étant le résultat du gros bon sens (qui sopposerait à ce que des intérêts soient imposés sur une dette frauduleuse ?) mais omettent den exposer les véritables enjeux. Dans létude dimpact de cette réglementation, ils exposent : « Ces mesures inciteront les débiteurs à rembourser plus rapidement les dettes dues. Le coût des emprunts dargent lorsque le Compte dAssurance-Emploi est déficitaire, ( ), sera ainsi transféré aux prestataires qui doivent des sommes au programme dAE. À partir de 2002-2003, on prévoit que DRHC recouvrera au total 146 millions de dollars pendant la première année de mise en uvre. » Avec plus de 40 milliards de surplus accumulés depuis 1994, comment les Libéraux peuvent-ils affirmer que limposition dintérêts servira à transférer aux prestataires les coûts dun éventuel déficit de la Caisse de lAE ? Il ny a aucun déficit potentiel en vue. Au contraire. Les baisses de cotisations annoncées lors du dernier budget fédéral tiennent compte de la hausse des salaires, de façon à ce que les revenus de la Caisse ne diminuent pas. Le seul moment où la Caisse fut déficitaire, fut au début des années 1990, au moment où le gouvernement fédéral a cessé de participer au financement de la Caisse. Peut-on présumer que le fédéral en profite pour déposer ce projet (par ailleurs prévu pour 1998), alors que la Cour dAppel Fédéral vient de statuer que DRHC utilisaient des méthodes jugées illégales dans le recouvrement de montants au delà du délai prévu de six ans ? Rappelons que les trop-payés sont occasionnés, par exemple, par la différence entre les gains déclarés par un prestataire sur ses cartes, et la rémunération déclarée par lemployeur, que DRHC obtient par un système informatisé de couplage de données. DRHC réclamera la balance des montants versés en trop. Dans la majorité des cas, DRHC conclura à un acte frauduleux, sciemment commis, ce qui lui permettra dimposer une pénalité, ainsi quun avis de violation ayant pour effet de majorer le nombre dheures requises pour le dépôt dune nouvelle demande dassurance-emploi. Toutefois, la réalité est toute autre. Une majorité de déclarations inexactes sont entraînées par une erreur de la personne, voir de son employeur. Il ny a aucune intention frauduleuse dans de tels comportements, résultants dune multitude de situations portant à confusion, par exemple, dans le cas de travailleurs sur appel ayant des difficultés à estimer avec exactitude leur rémunération hebdomadaire. Il existe bien un processus dappel dune décision. Toutefois, trop souvent des prestataires seront découragés de le faire par des fonctionnaires qui outrepassent ainsi leur pouvoir. De plus, pour une majorité, le processus semble long et intimidant, si bien quenviron 80% des concernés ne porteront jamais en appel une telle décision. Cela, DRHC le sait très bien, ce qui a permis à une fonctionnaire de nous mentionner, suite à une erreur de sa part concernant un trop-payé trop élevé, que de toute façon les gens paient sans vérifier lexactitude des montants réclamés. Avec ses 40 milliards accumulés et détournés par le gouvernement fédéral, il est bien connu que la Caisse de lAssurance-emploi est la vache à lait des Libéraux. Un fois de plus, ils ont trouvé un nouveau stratagème pour la faire gonflée un peu plus, aux dépens dune population trop souvent en grande situation de précarité financière et sociale. |